Le dernier Tango à Paris

Ô gentilhommes, la vie est courte...Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. /W. Shakespeare, Henry IV/

29 avril 2006

Du nouveau dans l'affaire Clearstream

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Des transferts occultes de plusieurs centaines millions de dollars transitent par la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream depuis toujours. Tout se passe bien et dans l'ordre des choses jusqu'à ce qu'en mai 2004 deux courriers soient adressés à la justice évoquant la part active que prennent nombre de crapules dans cette affaire et que la machine s'emballe.
Depuis, ma vie est un enfer.
Je fonce en cavale forcée, je cache, je nie. Rien n'y fait. Les témoignages qu'on me présente me confondent et je reste interdit devant les évidences. Plus que quelques heures à vivre avant qu'on me liquide et qu'on me retrouve en pages de faits divers. Putain de destin.
Alors je vous le dis.
Le corps beau c'est moi.
Je vous le dis pour que vous qui aujourd'hui comme tous les matins me lisez à haute voix, vous compreniez les successions de méprises chaque soir qu'une dame pâmoisante mais indélicate prononce mon nom.

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28 avril 2006

Entortillement

Elle est là, pourtant:
Debout sur les ombres de mes doigts,
Elle me nourrira encore de ses détours tant que ses fins resteront closes.

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27 avril 2006

De sang-froid

Me trouver en cette salle obscure c'était peut-être à cause de cette longue, brune et rosse. J'avais le ventre qui grondait et l'esprit un peu trop biscotté. J'ai dû choisir vite. Truman Capote, ça rime sec et allez, j'encours volontiers le risque de changer d'avis sur cette littérature néo-réaliste, descriptive et factuelle, qui ne m'a jamais excité plus que celà.
11h30 un samedi matin; et il n'y a encore que quelques chats en ville avant les ruades de foule sale et rubescente.
Y'a bien un couple certes, qui m'emmerde à commenter le film toutes les 2 minutes, mais je change vite de place.
20 minutes plus tard, je me maudis déjà. Non pas tant pour l'interprétation (excellente) ou pour la mise en scène (empesée), mais pour des biais qui m'apparaissent vite insupportables.
Le premier de ces biais est l'espèce de pointillés qui parcourent la pellicule pendant toute la durée du film et ce jusque dans la dernière scène. 1h57 de non-dits qui rendent le film inachevé pour ne pas dire abracadabrant. 1h57 de politiquement correct à l'américaine qui veut que jamais l'homosexualité de Capote ne vienne expliquer l'attraction-répulsion de celui-ci pour ses forçats, et particulièrement l'un d'entre-eux. L'unique affirmation ou presque de la pregnance du caractère psycho-sexuel de Capote est fournie par ces plans-séquence interminable ou il caresse les pages du journal du condamné, ou encore à la présence d'une personne de sexe masculin qui l'accompagne jusque dans ses vacances en espagne. C'est fin, que c'est fin, comme le sable de là-bas, dis.
A escamoter le caractère pédéraste de l'écrivain, ça dégénère franchement en bouillie inintelligible confirmée par les mines hagardes de quelques retraités surpris en train de bouffer leur casquette au générique de fin.
Mais il y'a pire. Il y'a une criante absence de critique par rapport à l'ignominie de la peine de mort. Là aussi on a escamoté, on a relégué ça au rang de l'insignifiant, préférant monter au premier plan les moues du pédé-mais-pas-pédé-faut-pas-dire-ça, pris entre son fantasme de se faire foutre par le musclé condamné à mort et sa conscience.
La trame est suspendue ainsi à la poutre de la pendaison qui se profile à chaque plan sans que jamais le réalisateur n'induise en contre-point une critique de la barbarie des exécutions.
Et renseignements pris, ce regard n'aura pas été celui de Capote lui-même qui dans son livre aurait admis là-dessus une position sans équivoque.
J'arrête. En résumé, ce film c'est de la soupe Campbell. De la grosse merde en boîte.
Et qu'on me dise encore qu'il "y'a de bons films qui passent en ce moment".

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25 avril 2006

Les mignonnes et les roses

Un sondage idiot consisterait à demander aux joueuses de tennis quelles couleurs elles voudraient voir sur les bâches de fond de cour.
Elles répondraient naturellement le rose (48%) devant le turquoise (34%) et le pourpre (18%).
C'est cette généreuse idée qu'ont eus la Fédération Internationale de Tennis et (surtout) son principal sponsor BNP Paribas qui vont habiller de rose la prochaine Fed Cup.

J'avais failli oublier que le tennis ça existait encore.

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24 avril 2006

La République

Les hors de la république sont encerclés dans leurs pires figurations. Et nous tous assistons impuissants à leurs défilés d'insignifiance à longueur de colonnes de texte ou d'ouvertures de journaux télévisés. A en crever de voir s'accumuler ces fatuités se consommer voluptueusement sous les capitulations répétées d'une critique à l'agonie.
Les canines du nain vont bien. L'autre a l'appareil auditif qui fonctionne, la faute au jus de pomme. Le tailleur de la bourgeoise est à la bonne taille, on l'envoie au pinacle des fois que. La cendre de la mêche au flamboyant séduit, qu'on le retire à sa passion des requins et mouettes (ah, les heureux) il a rendez-vous au capitole. A moins qu'il ne trébuche de la roche.
Des années qu'on se fout ainsi de la gueule de notre souveraineté. Des années qu'on brade nos
attentes et nos possibles futurs à la bonne et fine gueule de nos gouvernants. Des années.

CPE, banlieues, Europe, tabac, tout absolument tout est passé à la moulinette de l'opportunité politique de la présidence. Pas un enjeu qui n'échappe à l'interprétation des désirs élyséens, aux névroses obsessionnelles de quelques énarques promus à rêver d'être Dieu, ou le Général.
On escamote, on instrumentalise, on décide de l'opportunité au gré des tendances à désigner le premier d'entre nous. Si des tortues peuvent vivre jusqu'à 300 ans et développer à cette occasion un instinct de conservation, de responsabilité et de survie rassurants pour le reste de l'histoire, le citoyen lui, vit 5 ans, et met un soin méticuleux à éviter les questions qui se posent dans l'éternité.
Tu parles d'une démocratie.
La 5ème version de la république née en des circonstances particulières a vécu comme il se doit, pour le pire et aussi pour le bien. Elle n'a pas toujours été mauvaise. Mais aujourd'hui elle me fait vomir. Ce bouillon de vulgarités et d'ambitions personnelles a fini de méduser 60 millions de personnes. Et comment ne pas subir la fascination du statut du plus privilégié de toutes les démocraties modernes?
Nulle part ailleurs l'on ne trouvera de tels monarques, ni de tels rapports du président à son peuple qui le choisit d'entre tous pourtant. Nulle part une clique d'intérets, d'ambitions et de gabegies n'a réussi à se tenir aussi bien hors d'atteinte des contrôles de la souveraineté.
Qu'on me rassemble une brochette de constituants à Versailles, qu'on les enferme quelques jours et qu'ils nous sortent une constitution digne de ce nom avant qu'on les renvoie à leurs affaires. Qu'on parle enfin de représentativité et de contre-pouvoirs, de participation et d'une véritable chambre unique où le peuple ait enfin sa voix, et vous verrez le saut qualitatif jusque dans les bistrots ou blogs du coin.
C'est pourtant pas sorcier en 2006 de renvoyer tous nos trous du cul aux hochets de leurs vanités.

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19 avril 2006

Aux bonnes oreilles

Ali Farka Touré et Ry Cooder - Talking Timbuktu - Diaraby

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18 avril 2006

Ali Farka Touré

b00000062h.01.lzzzzzzzSi l'on peut dégager différentes tendances parmi les artistes, j'ai souvent la tentation extrême et intellectuellement paresseuse je l'avoue, de n'en retenir que deux: les médiocres, avatars de la consommation et de la conscience fabriquée et partagée des caisses de supermarchés (delerm, johnny, bruel) et les autres, les quelques-uns qui restent et resteront.
Parmi ceux-ci, il en est un dont la disparition le 7 mars dernier est passée presque inaperçue au moment ou la france déprimée faisait la queue pour aller voir les bronzés. Simple constat, je m'arrête là.
Je n'ai découvert Ali Farka Touré donc, ce repère d'afrique et chantre du bonheur accessible, que tardivement.
Et d'emblée ses notes s'attachaient comme des points de suspension à des endroits brûlants de mes visions d'infini; je l'avais écouté, lu, entendu, bien avant, quelque part dans ces logiques supérieures des rapports de l'homme à la nature, à sa nature.

L'histoire du bonhomme de Niafunké est celle d'un pur. D'un rétif aux sirènes de la world music, d'un sceptique des fausses promesses. Son surnom Farka, courage, ténacité, en dit long sur la volonté de sa musique à s'enraciner dans les terres de son afrique et à exister en dehors des sentiers évidents du succès et de la vanité. Depuis les années 50 et son amitié avec Hampaté Bâ (autre monument, dont une partie des oeuvres est toujours éditée chez Actes Sud) avec qui il parcourait le Mali un magnétophone à la main tentant d'en saisir toute la richesse musicale, jusqu'au premier enregistrement en 1976 à Radio Mali, qui le propulse en haut de la scène.

Quelques dizaines de superbes albums plus tard, son amour du Blues et de Lee Hooker va l'amener à enregistrer un disque d'anthologie avec Ry Cooder que je me repasse encore une fois par semaine et qui va définitivement le révéler au monde.
Et Ali ne change pas. Au contraire, il s'implique toujours plus dans l'essentiel. Il achète 350 hectares de terre près de son village, fait une chiée de mômes, entraîne les jeunes aux joies de la musique en même temps qu'il les initie aux techniques d'irrigation, leur donne du travail. Sur mes papiers, c'est écrit artiste, mais en réalité, je suis cultivateur.
Passez Scorsese, passez producteurs de majors aux valises de pognon, passez imprésari aux arguments enchanteurs...
Et la musique ne le quitte pas pour autant. Le nouveau maire du village accouche en 2005 d'un nouveau chef d'oeuvre en duo avec Toumani Diabaté qu'il enregistre dans la simplicité la plus désarmante en 2 séances de 3 heures: In the heart of the moon sera son dernier album. Dépouillé et débarassé de tout, il complète le silence et revient à l'origine, toujours.

Ali Farka Touré sera ce soir sur France Musiques à 22h00.
Et si j'ai le temps je mettrai demain un extrait de Talking Timbuktu à votre disposition. Que vous pouvez aller acheter les yeux fermés.

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12 avril 2006

Pour 41 millions d'Euros t'as plus rien

Pour environ le prix d'une révolution ratée, une triplette d'attaquants s'est adjugée hier le premier club de football de la capitale. Ses chèvres, ses installations merdiques, ses supporters cacophoniques et ses atermoiements chroniques subis avec résignation chaque dimanche à première vue des unes des journaux du matin.
Pour à-peine le prix d'un bon joueur donc, une alliance de choc s'est emparée du club symbole des errances et du très mauvais goût d'une génération que j'enverrais bien par le fond un jour, si j'en avais la possibilité.
Celle des Patrick Bruel, des Sarkozy, des Enrico Macias et autres. Sic.

Pour 41 millions d'Euros, Colony Capital (Américain comme son nom l'indique très honnêtement), Morgan Stanley (américain aussi) et Walter Butler (Tiens, l'ami très proche de Villepin? Le mec qui a racheté la SNCM? Oui) vont faire rentrer le PSG dans une nouvelle ère.
Le pognon et la finance vont succéder au star-system et au show-business dans une autre variante de pignole.
Après la mousse miracle de Canal, les ventes de maillots et les intérêts calculés à la virgule, révisés à chaque dribble raté par les émirs de la calculette.
Ah, les mines étaient superbes et confiantes hier dans ce sofitel du 16ème. Les ambitions affichées: "gagner, gagner, gagner".

Alors ça sera sans moi les gars. Ciao et bonne route. Je ne doute pas que vous allez convaincre beaucoup de monde avec votre grammaire de gagnants (sarko-macias-bruel vont pas tarder à vous saluer), mais je ne viendrai plus au Parc.
Je n'amènerai pas mon fils excité sur mes épaules et je ne lui achéterai pas un maillot, pas même une écharpe.
C'est peut-être pour moi et pour quelques naifs le moment de mesure des distances parcourues.
Ressortir les cassettes et se souvenir. Dahleb, Susic…Les gestes répétés chaque été au bord de la plage…Les soirs de victoire et ceux pas moins beaux de défaite: l'espoir.
C'était hier. Juste hier.

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08 avril 2006

La rombière

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07 avril 2006

Agape et bonus

Les diners en ville ressemblent parfois à des pièges douceâtres appellés à vous hoqueter dans la gorge pour un moment. L'autre soir chez Diep, rue Pierre Charron, les femmes étaient belles, les hommes élégants. La tablée essayait tant bien que mal de parler entre 2 rires. Des nappes de complicité et de réjouissances montaient des convives: une blague chassait l'autre, un souvenir effaçait l'autre. Les signes humains brouillaient toute analyse critique des propos en circulation; j'avais faim aussi.

Une bouteille en caractères gothiques et quelques bouts de canard plus loin (80 euros par pers. à la ligne d'arrivée), les impertinences et les blagues couraient toujours. Je commençai alors à remarquer les perfidies, à entrevoir quelques incongruités sans mettre encore ma subjectivité cahoteuse à l'écart. L'ouate me tenait encore le cou. L'effet de loupe travaillait pourtant et mon atonie moelleuse se dispersant, mes pavillons  renaissaient. Je sentais mes aplats s'effacer progressivement depuis les bordures.
Chez les pauvres en angleterre, on attend 6 mois pour avoir un rendez-vous.
- Pardon? Chez qui? Les pauvres?
Mais oui, ceux qui bénéficient de la couverture universelle et qui sont pas foutus de se payer un médecin

- Ah!
Et puis d'ailleurs, en france la médécine c'est de la merde puisque c'est gratuit.

- Re-ah!
Et puis ce CPE, ces jeunes! Complètement paumés, les pauvres! Au lieu de bosser! La vie est dure, nous on bosse 10 heures par jour à la City, et putain c'est dur!
- Aaaaaaaaahhhh!
D'ailleurs on n'a jamais aussi bien bossé que cette année... les bonus! Il y'a un magazine qu'on s'arrache là-bas et qui traite exclusivement de la manière dont on peut dépenser nos livres sterling ( ben ouais, c'est pas une monnaie de pédés chez nous). Voyage en jet privé, supers bagnoles, w-e avec des top models, j'hésite, je sais pas. Au fait! ca te branche le GP de monaco sur un yacht?Allez, fais pas ton emmerdeur!

Gloups. Glurb. Groumpf. Rhaaaaaaa.
La porte, vite. La porte ou un bon vieux couteau à viande, et qu'on en finisse tout de suite.
Putains d'amis d'enfance.

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