Le dernier Tango à Paris

Ô gentilhommes, la vie est courte...Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. /W. Shakespeare, Henry IV/

29 juin 2006

La société du commentaire

poi_penn

Hi Irv, I don't know what you were thinking here dude! You got a pretty model (altho kind of old), but you have caught her with her eyes cloes in a not very good pose. Biggest problem is YOU NEED CROP to a vertical!!!!! Backdrop is too small and there is not enough of a sweep so you can see the crease. If you send me a file I can fix it in Photoshop and I can give you my suggested crop. If you don't care aboout your PROFESSIONALISM you are never going to get work as a pro believe me!!! Hope I am not being too harsh. Oh well best regards anyway, M.H.

Lu sur l'excellent post de l'excellent blog que voici qui grouille de perles du même ordre que cette harangue sans complexe adressée à Irving Penn. Allez-y c'est hilarant comme des coups d'épée donnés de bas en haut.

Le commentaire est rarement neutre. Prononcé à l'occasion d'un vernissage mondain (existe-t'il d'ailleurs des vernissages qui ne le soient pas) ou expiré d'un air profond et faussement initié par une douairière au musée devant un grouillement de personnages de Jérôme Bosch par exemple, il importe peu et au pire l'on va s'envoyer une nouvelle flûte au fond de la gorge avant de faire 2 pas de côté et ça clôturera l'insupportable. Rien de grave, ça fait partie d'un bourdonnement crétin du monde qui ne cessera pas, résignons-nous.
A un dîner c'est déjà plus compliqué. Les commentaires sur telle ou telle merde cinématographique avec forces démonstrations d'enthousiasme de votre belle-soeur devant tel opus de la guerre des étoiles ou telle comédie grivoise c'est déjà un peu plus compliqué. Vous bouffez votre viande en silence avec les tempes néanmoins prêtes à eclater ou vous vous levez pour passer un coup de fil qui vous signifiera que pour des raisons professionnelles-vraiment déplacées un dimanche mais cependant impératives- vous êtes au très grand regret de quitter vos commensaux. Vous avez l'habitude.
Ca se gâte quand même avec vos meilleurs amis s'il vous en reste ou dans le cadre de vos activités professionnelles et obligatoires. Toujours un crétin pour vous ressortir in-extenso la critique télérama ou télé 7 jours d'une oeuvre qu'il n'a pas lue ou vue. Il a lu le commentaire par contre. Il a d'ailleurs lu tous les commentaires. De Marx à Heidegger en passant par Bakounine et Francis Ponge, Paul Valet et Naguib Mahfouz, Mishima évidemment et Nabokov. Il sait exactement quoi penser grâce aux commentaires et aussi quelques citations compulsées en édition bon marché. J'appelle ça la culture de l'anal en référence à cet étudiant transpirant laborieux qu'il n'a jamais cessé d'être et vous me pardonnerez cette facilité.
D'ailleurs ça concerne aussi le sport, la politique, le monde économique, le monde tout court. Rabachage sans génie et continu de quelques vérités entendues et entretenues par quelques canaux appellés à recycler pour faire du fric, toujours du fric.
Mais là vous n'y pouvez rien. Vous subissez. Vous prenez sur vous en bon civilisé qu'on a achevé de domestiquer. Vous ne mordrez rien ni personne pour ça. C'est ainsi.

Reste le commentaire Internet. Et je ne parle pas de la lumière qui nourrit le poëte de ses feux (merci à tous les fidèles qui trainent ici) mais du commentaire idiot et sans richesse, celui qui ressemble à celui retranscrit en début de ce post. Celui qui assène quelques vérités sorties tout fraîchement de google et qui les assaisonne de sagesse éternelle pour donner l'impression de maitriser son sujet. Celui qui ne comprend goutte mais qui s'y perd. Celui qui s'épargne l'humour et l'auto-dérision. Celui qui refuse enfin l'esprit critique.
Je ne vais pas vous donner d'exemple, vous en avez à profusions au bout du clic.
Tellement que j'en arrive à craindre que ces spéciosités ne finissent par influer sur l'originalité même des auteurs qui vont se retrouver pressés d'évidences et comme obligés de céder aux suppliques et aux ovations pour garder quelques lecteurs à aligner sur les histogrammes.

Que je vous rassure: mon caractère de chien n'a pas l'intention de déménager et vous allez continuer à commenter n'importe quoi n'importe comment en y mettant de plus en plus d'esprit. Ca ne nous mènera nulle part sauf accident mais c'est de plus en plus nécessaire.

Posté par arslan à 12:41 - Commentaires [51] - Permalien [#]

Commentaires

    Je souhaite que vous supprimiez le terme autiste me concernant,ceci est diffamatoire à mon égard...De quel droit pouvez vous me qualifier de la sorte! Si ce n est pas rectifier dans la semaine,je ferais intervenir mon avocat. FLORE SIGRIST

    Posté par Sigrist, 26 août 2015 à 22:09
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