30 septembre 2006
Les stupéfiants progrès de la pensée
Socrate s'est construit une gloire, et quelle gloire!, en s'attaquant délibérement à la fausseté des apparences.
Ce Socrate, fils d'un sculpteur et d'une sage-femme, avait une franche passion pour les petits garçons et il connaîtra Platon l'aristocrate à l'occasion d'une philosophique dégustation de sucres d'orge.
Ce dernier oeuvrera à sa posterité, retranscrivant et travaillant l'ensemble des leçons du maître, diffusera son oeuvre en pourfendant sans relâche le faux et l'injuste.
Il appellera les hommes, tous les hommes, à venir prendre leur destin en mains.
Le genre humain ne mettra pas fin à ses maux avant que la race de ceux qui s'adonnent à la philosophie n'accède à l'autorité politique.
L'un est mort d'avoir pensé de cette façon et l'autre reste toujours aussi mal lu, presque 25 siècles plus tard.
28 septembre 2006
Maldonne
J'ai quelques piétinements de morceaux de fierté. J'éprouve même des débuts de crainte.
Ainsi la machine a pris l'échiquier en mains.
La gauche aura fondu dans un temps sans passé ni futur: elle a sombré dans le spectaculaire, cette lame de fond à l'échelle de la planète.
Sur le plan purement théorique, ça m'emmerde infiniment. Sur le plan pratique, je n'ai pas de mots à expliquer mon irritation de voir Ségolène Royal (ou alors devrais-je ici dans un dernier effort louable me mettre à la page et dire Ségolène tout court, tout le monde comprendra) prête à s'habiller des valeurs de justice et d'égalité, de gauche!, pour servir une soupe de croûtons d'inepties démagogiques et télévisuelles.
Entre elle et Nicolas Sarkozy (Et là je devrais user d'un Sarko pour faire bien), j'ai peur que le cynisme n'ait pas choisi son camp.
Car une des supériorités non négligeables de ces deux-là c'est qu'ils savent qu'ils sont remplaçables. Qu'en tant que résultantes des opinions, des airs du temps, ils ne disposent que d'une séduction aussi éclatante et inexplicable qu'éphémère et hautement réversible. Tout le contraire de la compréhension et de la confiance, j'allais dire de l'amour, indissociables de l'expérience et du temps.
Au plus donc il ne me restera qu'à m'accrocher à l'idée vague que l'égérie des magazines en couleurs constitue aux yeux de l'opinion imbécile et servile le seul rempart capable en pourcentages un soir de vote, d'empêcher d'afficher triomphantes les idées d'extrême-droite qui auront rarement été à pareille fête.
Croire en la démocratie du vote au faciès donc.
Quand même curieux ce slogan d'ordre juste. Cette persistance d'une vision militaire matricielle.
L'ordre, oui et alors, qui n'en mettrait pas?
La justesse/justice? Certes, on peut toujours en parler!
Mais l'ordre juste comme un voeu ou une incantation, c'est un résumé plutôt maigre et inquiétant pour une vision politique. Et j'ai beau chercher ailleurs, dîner en ville, j'ai toujours le même écho qui me revient: Et oui vieux, ce n'est ni Louise Michel, ni Rosa luxembourg. C'est ni la révolution, ni l'idéologie ni l'expertise, encore moins la culture. C'est le journal de 20 heures et la couverture des hebdos, point.
Et si vous faîtes la moue, vous demandant pour qui elle roulerait à la fin, c'est l'image de fragments mal assemblés et souvent contradictoires qui apparaîtra dans un beau désordre où l'on se fatiguerait à trouver des traces de justesse ou de justice. Car plus que Sarko encore, l'opinion publique est seule avec elle, et elle lui doit en retour et de facto une fidélité non négociable. Au diable la continuité, la cohérence, ou encore les valeurs de gauche.
Ca ressemblera à une politique de l'opinion, loin de toute réflexion ou concertation. Une politique assortie d'experts qui vont venir se grouillant et rampant pour venir légitimer contre honneurs sur papier glacé, soultes et prébendes, ce n'importe-quoi multidirectionnel.
En tant qu'hommes, tout cela ne nous avancera que peu. Mais combien sommes-nous au juste, sincères, debout et rêvant encore à un autre mariage de l'ordre, poétique et éternel, loin du spectaculaire de la chimère et des entassements de fumier.
Au mariage de l'ordre et de la beauté donc, à ce rivage lointain où tout n'est que Luxe, calme et volupté.
24 septembre 2006
Corps étrangers
21 septembre 2006
Inattendu, déconcertant, étonnant, inaccoutumé, bizarre, insolite, voire incohérent
J'ai passé ma veste sombre coupée chez Francesco. Celle des grands soirs.
A l'entrée, deux laquais au regard stupide se grattent l'oreillette. Comme dans les films doivent-ils penser. L'un, bovin, machônne son chewing-gum pendant que l'autre me demande mon carton. J'en sors 10 et je fais mine de le gifler avec: ce qui m'ouvre grandes les portes immenses, me vaut un Bienvenue Monsieur, je vous souhaite une excellente soirée obséquieux comme j'aime et fait sourire la souris brune qui m'accompagne. Celle-ci me serre la phalangine en attendant mieux, j'imagine.
Quelques pas et je me retrouve tel l'auteur de Lolita, submergé par un spasme presque douloureux de réplétion esthétique. Des nixes et ondines infuses dans chaque interstice détaché de mes yeux ruinés. Il y'a des pré-signes dans la fièvre; j'accomplis avec fiertés et bravoures les gestes mécaniques d'un général pénétrant son champ de bataille et je lâche instinctivement la main de la souris que j'envoie chercher deux verres de Vodka.
C'est évidemment le moment précis où les crétins que vous avez ignoré pendant des années vous retrouvent. C'est comme ça. C'est cette tête vermineuse plissée.
Qui vous fait face et vous salue avec un entrain inexpliqué, vous vole ces coins de ciel éternel qui vous échappent, même pour quelques secondes.
Car vous êtes sûr que vous allez vous en débarasser de cette pâte molle. Elle aura beau vous répéter que c'est incroyable de vous revoir, qu'elle pensait que vous aviez changé de continent, vous sortir le champagne, vous ne perdez jamais espoir de trouver la solution qui l'enverra du côté des limbes pour ce soir au moins. Et puis il vous dit que vous ne devinerez jamais qui est là. Gagné, j'aurais jamais imaginé que Salvator, Damien, Dimitri, soit la parfaite brochette de losers encore heureux et vivants puissent continuer à hanter ces manifestations. Parfois grand naïf, Cassandre.
Vautrés dans les canapés, on se retrouve à fumer. Souris est revenue et ne me lâche plus. Tu parles. Salvator me parle de son prochain film et m'assure que je suis la seule personne à Paris, en France, au monde, capable de lui écrire certaines scènes. Mais t'as pas un sou, connard. Va chier, fous-moi la paix avec ton super projet hollywoodien.
Et toujours, le ballet de phalènes. Qui m'aguichent pendant que Losers & Co. me tancent avec leurs thèses épaisses. Des fois je me dis que j'aurais mieux fait de ne pas naître avec le sens de l'amitié, ça m'éviterait d'attendre une pause dans le bavardage pour pouvoir fouler des lieux plus directs.
Dans la collusion des plastiques, je suis mieux. Je crois que je danse, d'ailleurs. Enfin, j'ai la jambe droite qui bouge. Et puis il y'a Elle, dont je crois que je suis tombé amoureux au moment exact où mes yeux de Raspoutine se sont posés sur les infinies complexités de son iris vert-gris. Ou peut-être même que j'ai toujours été amoureux d'elle sans le savoir, sans la connaître. J'aime la vie un peu plus à chaque tressautement de ses chairs lactescentes, à chaque oeillade où je devine l'amour simple.
C'est l'intensité d'un tableau de la renaissance, l'émotion comme un lierre.
Sa copine lui parle à l'oreille et elles gloussent, mutines de concert. Je souris en retour et je lui dis je ne sais plus quelle profonde pensée à l'autre oreille; j'ai le coeur qui bat à tout rompre. L'impression confuse du peintre perdu dans son ivresse créatrice, les pieds pris dans la confusion des sens pendant que le temps s'allonge et s'enrichit de complexités subtiles de dénivellés. Jusqu'à ce que l'idée d'une Proustisation ringarde en ces moments décisifs me fasse revenir au marquis et à ses bastilles. Peut-être même une sensible érection au contact de son lobe brûlant.
Il est rare qu'une pensée même la plus restreinte s'atomise à l'arrêt d'une phrase. Que l'amour poignant d'une vie éclate en morceaux aux premiers mots. Rare mais pas impossible. C'est ce qui arriva.
La scansion, le timbre, l'intonation, la construction approximative de ce qui devait être l'acte fondateur d'une passion infinie, tombèrent dans mon oreille comme une stupidité informe à l'échelle gigantesque.
Et en même temps sans que je puisse même me souvenir de ses paroles ou y répondre, une transversale lumineuse m'apparut, fendant la foule compacte avec tout au bout la raison humaine et salvatrice de Losers & Co..
Je les aperçus hilares, débraillés et à moitié affalés par terre pendant que petite souris se mangeait les ongles avec le geste poignant de solitude d'une fille qui saurait absolument tout d'Edward Hopper.
Ca me fait plaisir de vous revoir, les rats.
16 septembre 2006
Et les muses de moi, comme étrange, s'enfuient
Curieux, étrange et louche
Curieux ce Benoît. Etrange cette divagation. Louche cet essai à la provocation.
Mais qu'a bien pu vouloir actionner ce fin connaisseur des religions et de leurs intepénetrations intimes?
Voilà la question d'întéret qui mérite d'être posée.
Car il le sait bien que Thomas d'Aquin et Maïmonide n'ont eu accès à la philosophie grecque que par les efforts de traductions et d'interprétations de génies musulmans financés par des califes éclairés.
Il a bien évidemment lu plus d'une fois L'Islam et la Raison d'Ibn Rushd plus connu ici sous le nom d'Averroes, dont vous trouverez les meilleurs extraits disponibles même en poche c'est pour dire.
Et il est mieux placé que personne ce nouveau pape pour savoir que chaque religion a eu sa période obscure et obscurantiste, sa bagatelle d'abrutis outrageusement visibles et nuisibles.
Mais alors quoi.
14 septembre 2006
Nizan selon Sartre
Il peut dire aux uns: vous mourez de modestie, osez désirer, soyez insatiables, délivrez les forces terribles qui se font la guerre et tournent en rond sous votre peau, ne rougissez pas de vouloir la lune: il nous la faut.
Et aux autres: dirigez votre rage contre ceux qui l'ont provoquée, n'essayez pas d'échapper à votre mal, cherchez ses causes et cassez-les.
Il peut tout leur dire car c'est un beau jeune monstre comme eux, qui partage leur terreur de mourir et leur haine de vivre dans le monde que nous leur avons fait.
Extrait de la Préface, Aden-Arabie.
13 septembre 2006
Inutile(s) et stupide(s)
Joseph Stiglitz est un homme sérieux. Accidentellement décoré d'un prix Nobel d'économie dont il m'est déjà arrivé de dire tout le mal que je pensais. Stiglitz pour les rares personnes qui n'ont pas encore dévoré La grande désillusion ou Quand le capitalisme perd la tête au risque de passer pour des agneaux sodomites ou des révoltés sans arguments au choix, ancien conseiller de Bill Clinton et ex vice-président de la Banque Mondiale dont il a démissioné avec fracas (J'ai préféré partir) a tôt fait de démontrer que le monde était en otage de quelques grandes puissances pour ne pas dire d'une seule, et de pointer les mécanismes réguliers de l'abus de pouvoir et d'autorité plus présents que jamais.
De passage en France, il a hier jugé inutile et stupide le projet de fusion entre GDF et Suez.
Primo, c'est inutile et stupide. La France a un bon système, juste, à bas prix, efficace et
très fiable.
S'il n'est pas cassé, pourquoi le réparer ?
Deuxio,
confier la gestion d'un parc nucléaire au privé est très
problématique ; y aura-t-il la même vigilance, le même
investissement ? On a vu ce qui s'est passé aux Etats-Unis quand on
a dérégulé notre secteur de l'énergie...
Tertio, si la France a une
telle réussite dans l'énergie, c'est qu'il y a un "Etat d'esprit
public" qui attire des gens qualifiés. Ouvrir la voie à la
privatisation, c'est se priver, pour le gouvernement, de marge de
manoeuvre dans un secteur si sensible.
La France otage d'intérets particuliers? Allons!
Le bonhomme sort un nouveau bouquin qui ne devrait pas passer inaperçu (Un autre monde, chez Fayard). Il y traite notamment du verrouillage de la propriété intellectuelle et des brevets. Et enfonce un clou qui moi me gêne depuis toujours: Le libre accès au savoir tient du bien public mondial.
Il conclut son interview dans Libé de la manière suivante:
Gates, comme Rockfeller, utilise l'argent de son monopole illégal pour de bonnes causes, mais cela ne justifie pas la culture du monopole. On peut voler l'argent et le rendre aux pauvres, cela rend-il le délit moins mauvais ? Et, avec sa fondation, faire l'impasse sur la solution cruciale : toucher aux droits de propriété intellectuelle.
Je me tue à le dire.
08 septembre 2006
Que faut-il faire de ces jours
...Ces temps montueux organisés en longs crescendos,
Comme des jours malaisés, rudes et pénibles,
Assomés sous les coups sourds et têtus des visions inexpliquées.
La couleur de ces temps rappelle la paleur du plomb vain et fatigué,
Et les laideurs de ces sinistres matins d'esseulement
De bien étranges colonnes de silences,
Prêtes ici et soudainement à se rompre en rames de colères.
Ainsi parfois, nos suivons nos folies et lumières s'en aller fondre dans les sanies sarcleuses des mauvais réveils...comme des mauvais hasards sur de mauvaises routes.


