11 novembre 2006
La meilleure amie
Avec la meilleure amie, l'affaire s'avéra plus sérieuse. Juive et marocaine d'origine, elle était piquante comme l'acier et légère comme la balle qu'on réserve pour le condamné. Je la désirai dés que je la vis; je répandis des plateaux de confiance pour la rassurer et une fois rassurée, je la possédai. Nous nous pelotions clandestinement et je m'arrangeais toujours pour être celui qui la raccompagnerait chez son fiancé d'alors et futur mari. Les ébats passionnels se poursuivaient dans ma voiture, sous sa porte cochère, ou plus conventionnellement chez moi si nous disposions d'un peu de temps ce qui était assez rare.
L'ardente nourrissait beaucoup d'ambitions; son amour de la bagatelle n'avait d'égal qu'une passion sans limites pour sa future réussite matérielle. Comme sa relation avec son officiel n'était absolument pas négociable, je dus me contraindre à endosser les habits de l'amant pas chiant plutôt que de bouffer tout de suite mon chapeau, décidant qu'advienne que pourra.
Je m'étais tout à fait trompé sur mon compte en mésestimant son expertise sensuelle: j'allais bientôt perdre la tête sous le venin de ses baisers doux-amers, le roulis gracieux de son cul épatant. Je devins addict et je commençai à me dragonner sérieusement l'esprit dans cette situation que je ne maîtrisais plus. Il fallait vite que je parle et que je crache tout.
C'est comme ça qu'aujourd'hui encore je me demande ce qui m'a pris de choisir Alice pour se faire. Et qu'aujourd'hui toujours, s'estompe le fugitif sentiment d'irréalité dés que je me passe la main sur l'endroit ou s'est posée sa gifle cinglante cette glaciale nuit d'hiver.
10 novembre 2006
La colocataire
Les arguments de la colocataire étaient parfaitement ronds et massifs. Définitifs, il faut le dire. Une pareille gorge fraîche tenait du miracle et j'avais, à chaque fois que je m'écarquillais les yeux dessus, l'impression d'être jeté du haut d'une falaise de quatre cents mètres. La diablesse en jouait et ne mettait jamais d'habits superflus, même par -10.
Dans ses délicieux bruissements, la belle salope qui passait son Capes me dérobait tout entier à Alice et je me laissais faire au plus grand dam de Charly, amoureux et fou, qui attendait la première occasion de me planter un poignard dans le dos: Ce malhabile roquentin ne rêvait que de me soustraire la dame, nuit et jour, jusqu'à ce que son visage se déformasse définitivement en une horrible grimace d'envie.
Ce qui arriva bientôt en effet; je quittai l'arène dés que je m'aperçus que la colocataire oubliait de se laver au moins un jour sur deux. Au début c'était un simple bruit que m'avait confié Alice et auquel je refusai d'accorder le moindre crédit, persuadé d'avoir affaire à une ruse féminine éternelle et éculée. Mais après enquête je conclus que c'était bien plus qu'un bruit, une odeur, au moins.
Dans ces conditions, et après une nécessaire explication pédagogique en apnée de quinze minutes, je congédiai vite fait bien fait la Gina Lolo qui une volte plus tard se consolait déjà dans les bras de Charly-la-grimace.
09 novembre 2006
Le monde d'Alice
Je n'ai su que tard, trop tard, que c'était elle que j'aimais: les tendances de mon esprit à fuir les évidences se sont incrustées jusque dans mes pays clairs et heureux.
Et ce n'est pas tant le vermillon éclatant de ses lèvres ou le vert faussement synoptique de ses larges yeux qui interpellaient mon inconscient à mon insu, mais ses soudains et incessants jaillissements de vie, ses robes qui se soulevaient et balayaient l'air lors des traversées interminables des couloirs de son appartement, cette démarche faussement volontaire qui caractérise les grandes indolentes; ou mieux encore, ce sourire qui exprimait les envies à satisfaire qui se dessinait, ne pouvait plus se cacher, dés que je sortais une de mes bétises: ses yeux passant alors du vert au bleu me fixaient droit avant qu'elle ne s'emploie au premier prétexte pour ne pas perdre tout de suite toutes ses contenances.
Ce manège durait et j'aimais qu'il ne cessat pas.
C'était malheureusement sans compter que le folâtre que je suis n'a que peu de dispositions au discernement lorsqu'il s'agit du beau sexe. Et qu'infoutu de reconnaître la source des signes et la cause véritable de l'enchantement, je succomberais aux deux endroits même où elle posait chaque jour ses lumières les plus immédiates. C'est ainsi que j'ai d'abord couché avec sa colocataire puis ensuite avec sa meilleure amie.
07 novembre 2006
Alice
Lorsque je me retrouvais lassé des trop sonores agitations des jeunes cons qui me tenaient lieu de camarades de classe, j'allais chez Alice, la violoniste.
Aussitôt rendu, je m'y sentais en complice hospitalité, tenu entre une tournée de thé parfumé aux essences d'agrumes et de bergamote et une discussion composée de forces charmes et drôleries.
Souvent je finissais par m'allonger, posant ma tête sur les jambes de la dryade et laissais celle-ci caresser mes boucles désordonnées alors que je lui contais par quels hauts faits d'armes j'étais passé la veille, et qu'elle, le front sérieux et le sourcil appliqué, comptabilisait mon déficit de sommeil, allant jusqu'à me gronder et me menacer de voir disparaître précocement mes cheveux ou ma force virile. Ce qui me faisait à chaque fois réflechir, je peux l'avouer aujourd'hui.
Bercé par la soie de sa voix, je contemplais les architectures des nuages chargés qui se formaient au dehors et dont j'imitais ensuite les dessins avec des ronds de fumée que je tirais de mes Lucky, lorsqu'il m'en restait, de ses Vogue, plus souvent.
Elle riait de mon adresse ou de ma gaucherie, je ne sais plus, et nous contemplions le temps filer sans aucune gravité, comme s'il s'agissait d'une richesse dont nous n'épuiserions jamais les merveilles.
Je ne la prévenais jamais de mes déboulés impromptus, nuit ou jour. Je prenais des douches quand j'en avais envie et je me balladais ensuite en caleçon. Je donnais mes coups de fil pendant qu'elle faisait des fiches ou annotait son Dalloz et elle s'émerveillait que sans jamais rien foutre je trouve dans la minute le 2-parties-2 sous-parties, qu'elle mettait elle des jours à trouver. Sobrement, j'appelais ça la classe.
C'était bien.