04 janvier 2007
2007 sur une note inutile
Je vous présente mes meilleurs voeux pour cette année.
Et que je vous le dise, j'ai peu hésité entre cette banalité consternante et un apophtegme à imprimer et à afficher dans l'instant tout près de votre moniteur ou de là où vous voulez d'ailleurs.
Pour dire que je vieillis autant que peut le faire un con parmi les cons.
Dimanche ça fera 36. Plouf!
28 décembre 2006
Sur le canal Saint-Martin

La musique des tentes est blanche. Comme une voûte de plus en plus basse et périlleuse. On les rencontre peu, ils sont rares, peu visibles, et pourtant ils sont plus de 200. Plus de 200 bonhommes à habiter ces morceaux de toile tendue allongés sur les quais d'une Seine plate et fatiguée.
Un noir me demande une clope. Gentiment et les yeux explosés il prononce un prénom que je ne saisis pas et il rajoute Burkina, que je comprends mieux. Je lui en donne une. Je l'allume et il tire dessus. Puis je lui en tends une autre. Il sourit. C'est noel, dit-il.
A ce moment-même en voyant passer une jeune fille, il se se dit que ce noel est peut-être exceptionnel: il lui demande une nouvelle tige, l'air de rien. Elle accélère le pas et lui flanque une réalité économique à la figure, en lui disant entre les dents: t'en as déjà une. A lui.
Méchanceté. Connerie crasse. Egoisme, tout simplement.
L'Etat lui, ne bouge pas. La ministre déléguée à l'exclusion - sisi elle existe et c'est la même en poste depuis quelques années- dénonce une campagne publicitaire et de la poudre aux yeux. Le ministre de l'Intérieur regarde ailleurs mais discourt toujours alors que la ministre des Armées oublie qu'elle a des casernes toutes grandes et toutes vides aux portes de Paris.
A la maison, j'écoute chanter Prisoner of love. Je me dis que les prisonniers de la haine sont toujours dehors et que James Brown s'est barré.
Il est pas terrible ce 24 décembre.
24 décembre 2006
Cette année
Pierrot lape sa mousse les yeux baissés. On ne sait combien de bières bues depuis 8 heures ce matin mais ça doit être beaucoup, même un peu plus que d'habitude. Et puis il est muet, absent. Pas de bons mots, pas cette gouaille légère qui lui garantit tous les verres de trop qu'il voudrait: on ne refuse jamais un verre à Pierrot. Jamais, nulle part. Mais il est pas rigolo ce soir, Pierrot. Il est un peu perdu à vrai dire.
La blonde accrochée à son sac a fini de feuilleter son Parisien constellé d'auréoles pour la troisième fois. Cette fois-ci, elle a eu une expression ironique en parcourant longuement et méticuleusement son horoscope. Puis elle a plié et reposé le quotidien comme frappée par une évidence qui ne l'avait encore jamais effleurée.
La blonde ne boit pas de bière mais du café, beaucoup. Six. Huit. Quelle importance là aussi.
Une autre jeune femme, brune cette fois, est accrochée à son portable et fume son deuxième paquet. On devine qu'elle parle à quelqu'un de proche - de sa famille sans doute- avec un ton agité et au travers d'une diction chuchotée et confuse. On la comprend mieux lorsqu'elle craque et crie qu'il lui manque, qu'elle aurait voulu ce soir avoir pour elle son garçon de 6 ans.
Au bout de la salle, une vieille dame et un très vieil homme parlent allemand en regardant passer dans le boulevard les quelques rares voitures qui s'y promènent encore. Et c'est comme si chaque passage laissait résonner un sifflement de roues qui renforcait un peu plus leur isolement. Ils se tiennent par la main et ne se sont pas quittés depuis un moment.
Avec des mouvements confus et précipités, le garçon s'affaire à ranger les chaises et les tables encore disposées avant de renvoyer tous ces gens, chez eux ou ailleurs. Il transpire à l'occasion d'une nervosité inhabituelle et le bar aurait dû fermer depuis une heure déjà. Il ahane, trébuche, râle. Il veut tous les foutre dehors pour rejoindre enfin sa petite famille mais il n'y arrive pas. Et il n'arrive pas non plus à éteindre ce sapin qui clignote pour Noel et que personne ne regarde plus.
22 décembre 2006
L'affaire à suivre
En mars prochain, Patrick Puy, éphémère et radical patron de Moulinex qui a réussi en 3 mois et 3 jours à virer 3700 salariés sera devant les tribunaux.
Et du bon côté de la barrière puisqu'il essayera d'obtenir du juge des prud'homme 176 000 Euros d'indemnités pour...son propre licenciement économique, arguant du fait qu'il était un salarié comme un autre.
Rappellons que ce salarié comme un autre aura touché 3 777 000 Francs de prime après 21 jours et 60 000 Euros par mois d'indemnité pour que Moulinex dépose enfin le bilan.
Bref, j'attends avec hâte la plaidoirie des talentueux avocats qui ne vont pas manquer de se succéder pour nous représenter, gravement et sans rire, dans quelle affreuse détresse les grands patrons vivent aujourd'hui.
21 décembre 2006
A pas voté
Levé avec les poules et rasé de près, c'est ce matin que je me suis rendu d'un pas énergique à la mairie de mon arrondissement. Pochette rouge avec dossier complet à la main, j'aurais dû m'acquitter de mon devoir avec toute l'efficacité de l'homme moderne; passer au guichet en 3 temps 2 mouvements et ressortir plus léger de ce bureau, ma carte d'électeur en main, ça ne mériterait pas même une demi-ligne sur un blog.
Que nenni. Une queue de 50 minutes, des têtes de jeunes chômeurs habillés cool et abrutis sous le son de leurs écouteurs, des vieux et des vieilles affairés à lire journaux et romans façon Marc Lévy empruntés à la bilbiothèque, des mères et des poussettes, deux ou trois gotons déjà aperçues au tabac, tous correctement alignés sur une ligne interminable.
Ce n'est non pas la colorée et anarchique attente des pays sous-dev, cris d'enfants, bruits de chute, claques qui volent et pleurs qui s'en suivent, le tout en mâchant son maïs et attendant que le préposé aux formalités revienne de sa neuvième pause café de la matinée, mais une attente bien civilisée. C'est à dire lugubre, européenne et fatiguée, grise ardoise et lourde, tellement lourde.
L'agent finit de me décourager. C'est tous les jours de la semaine comme ça depuis le 1er décembre, nous sommes impuissants. Tout le monde se réveille maintenant.
Mais oui, Monsieur l'agent, tout le monde ne se réveille pas 365 jours par an en pensant aller faire une promenade à la mairie, comme ça, pour le plaisir.
Je ferai bien une ultime tentative le 26 décembre au matin mais je crois bien que c'est foutu. Je ne voterai pas en 2007, ni aux législatives ni aux présidentielles: En ne jetant pas ma décision dans une urne et en ne me dégageant pas aussitôt de mes devoirs de citoyen en estimant ceux-ci résolus, je vais, moi, être responsable pendant 5 ans, jour après jour, minute après minute, de tout ce qui va se décider. 1/50 millionième de responsabilité c'est pas grand chose, me direz-vous. Certes.
Et puis je vais arrêter de me justifier.
La vérité c'est que les trois possibles invités du second tour me désespèrent.
17 décembre 2006
Desiree Dolron
La création artistique est friande de coincidences frappées de hasard ou de destin, déclencheuses de mécanismes intérieurs implacables. C'est ainsi que Desirée Dolron (née en 1963) se promenant dans la rue s'est soudain prise à habiter des visions nées de de l'art flamand du 15ème, une de mes références absolues s'il en est.
En croisant une fille dont la ressemblance avec un modèle de l'époque l'a tout de suite frappée, elle a inauguré une série picturale à la plastique impressionante et aux visions saisissantes.
Xteriors (2001-2006) représente des personnages étranges à la sensualité diffuse et dérangeante, cernés d'une lumière nordique mystérieuse et poétique. Et loin d'être une redite photographique des maitres réalistes de l'époque, cette oeuvre innove par la multiplicité des lectures qu'elle propose et par une modernité subtile et difficilement définissable au simple premier coup d'oeil.
Xteriors(2001-2006) est exposé avec Exaltation et Gaze à L'Institut Néerlandais. Faites vite, ça plie dans 2 jours.
10 décembre 2006
Les accomplissements ratés
Les ruines des accomplissements ratés peuvent toujours être admirées.
Il s'y nicherait des envahissements de conditionnels sur des formations de futurs antérieurs et bientôt fumés.
Dans l'ancienne raison principale, on converserait de la question de l'intention avant de constater, perplexe, les jolis florissements du doute.
Au coin d'une porte disparue, c'est l'ombre douce de sa presque tête de fou qu'on retrouverait pour s'accompagner jusqu'à l'aile inquiète.
L'horizon de logique toujours absent, on finirait par donner son jugement à la rampe d'une lumière fuyante jusqu'à remonter au bleu vidé d'une main donnée.
Et on donnerait des coups de pieds dans les cailloux, encore.
Encore et encore.
Une pluie de coups de pieds; des coups de pieds comme si on avait fait ça toute sa vie.
08 décembre 2006
I am the eye in the sky
06 décembre 2006
Les pédés du Stade Français
Pour le 10 décembre prochain et à l'occasion de sa rencontre avec le club Anglais de Sale, le Stade Français veut frapper grand.
Et ça fait un moment qu'ils m'énervent ces connards, je ne vais citer ici que ce ridiculissime calendrier où ils se pavanent à poils comme des pédales qu'ils sont.
Pour cette rencontre de la Heineken Cup (pffuuu), ils vont installer pour la somme de 80 000 € une plateforme de 100m2 qui servira à acceuillir les girls du Moulin Rouge, appellées à lever la jambe droite, puis la jambe gauche, droite, gauche, droite, gauche. Et puis juste après, mais ça n'a rien à voir, une chorale d'enfants viendra interprèter des chants de noël devant 40 000 spectateurs que j'imagine éberlués, Peeetit papaaaa noeeeeeel, quand tu descendraaaas.
On imagine l'ambiance.
Il fut quand même un temps ou j'allais au stade pour voir deux équipes jouer. J'avais mon casse-croute, des copains et mon unique passion pour motif, tout comme la majorité des personnes qui parsemaient les gradins. Lorsque le match était mauvais on râlait, on discutait de la composition des équipes, on échafaudait les plus hardis schémas tactiques pour la semaine d'après, les uns privilégiant les belles assurances défensives, les autres et moi-même rivalisant d'audaces offensives et ne parlant que de beau jeu et de manière. Dans les tribunes on hélait les joueurs par leur prénom et on se parlait: "Dis, c'est qui le 14..il est bon!", "Vous allez en prendre 2 en deuxième mi-temps, je te le dis", "Allez bonne chance, j'espère que vous resterez en première division", etc.
On ne se battait pas. C'était rare. Les hooligans c'était chez les fous, c'est-à-dire les anglais.
On ne pouvait pas se battre, on aurait raté l'essentiel du jeu.
C'était avant toute cette mascarade.
29 novembre 2006
A la santé des barbares
Que la parole soit sacrée et qu'elle ne supporte que la contradiction par la parole, c'est un fait peut-être hypocrite (je ne sais que penser d'un supposé démocratique "droit" à la parole) mais sur lequel il n'y a rien à contester, tant l'occident lui doit depuis grosso modo la révolution de 89. Disons ici pour reprendre une expression frappante et pour suggérer le consensus, que c'est un mythe fondateur parmi d'autres de l'histoire moderne.
A ce titre, il convient bien évidemment de se démarquer à la première occasion des imbéciles qui vous collent un poing dans la gueule au motif que ce que vous venez de dire ne leur convient pas. Finale de coupe du monde ou non.
Et c'est non négociable dans une société qui aspire à la tranquilité des débats à défaut de celle des esprits.
Seulement vous ne m'oterez pas de mon esprit à moi, vous les bien-pensants, que s'arrêter là et ne dire que ça, c'est faire l'économie d'un autre mythe, sûrement aussi contestable mais tout aussi fondateur, et qui est celui de la responsabilité.
Dans l'épisode récent et fâcheux d'un professeur moyen qui aura oublié beaucoup de choses de la philosophie en faisant du prosélytisme pour le discours de la haine dans un célèbre quotidien de droite il y'a matière à réflechir.
Car voilà le problème, peut-on tout dire et n'importe comment au motif de la liberté d'expression?
Permettez que je pose la question autrement et que je sorte des sentiers trop battus et connotés. Faut bien ça.
Pourquoi est-ce qu'à mon tour je n'irais pas pondre une saloperie où j'entremêlerais religion, races et mépris des autres, en ferais un billet brûlant que je ferais diffuser par mes copains de gauche et trop distraits, et attendre patiemment qu'un connard de barbu me fasse connaître à la vitesse d'une traînée de poudre?
A moi l'aventure et le fric, les surveillances policières, le parfum de la clandestinité, les gonzesses et les comités de soutien avec les guest star habituelles.
Je pourrais ensuite, comme l'annonce Assouline sans recul - et est-ce bien son rôle après tout-, sortir peinard mon Da Vinci Code au Seuil et m'incarner en rempart contre la barbarie. Un destin ça s'invente.

