31 juillet 2006
Le nouveau cap
"La frivolité et l’ennui qui envahissent ce qui subsiste
encore, le pressentiment vague d’un inconnu, sont les signes annonciateurs
de quelque chose d’autre qui est en marche" Hegel. Phénoménologie
de l’Esprit.
Mon dégoût consigné du 28/07 est ainsi beaucoup plus Hegelien qu'autre chose et il a évidemment toutes les formes d'une fausse résignation. Il est annonciateur de nouvelles et fortes expressions.
Rien à voir par exemple avec l'analyse éclairée d'un Hirschmann qui explique très bien dans "Bonheur privé, action publique" que la déception -qui peut aller jusqu'à la dépression, peut se condamner s'auto-alimenter à l'infini en prenant sans cesse l'ascenseur entre engagement dans l'action politique et retranchement dans la vie privée.
En marche je le suis déjà d'ailleurs puisque je prends une boussole, de quoi écrire, un appareil photo, ma caisse, ma bite et mon couteau, mais surtout ma bite, et que je pars en vacances. Sans chemin, ni destination précise, juste à l'aventure.
Dites-moi où vous êtes et si c'est pas trop pourri, que vous n'êtes pas trop con et que votre frigo est armé en bières, je pourrais même passer par chez vous. Nous digresserons gaiement dans quelques fosses de bonne humeur et au son des criquets bienveillants .
Santé!
28 juillet 2006
Dégoût
Nul bouton de radio tourné depuis des semaines. Des actualités télévisées fuies comme les pires maladies. Des manchettes de journaux même pas caressées d'un regard. Rien. J'esquive tous les mauvais relents d'actualité, toutes les analyses foireuses ou les informations toujours présentées comme objectives.
Les représentations et les discours dominants ne sont pas les miens ce n'est pas un scoop. Mais là c'est différent, c'est hors-concours. Lorsqu'il en va de vies humaines ou de dernières bouées de dignité, il n'y a plus de cynisme possible: il y'a le refus. Net et sans ambiguités. Il y'a la colère aussi. Ce tas complexe de courants périlleux à ne pas laisser traîner n'importe où.
Non, gardez vos confitures et vos stratégies de mithridatisation pour vos cercles fécaux et les abonnés à vos canaux de masse sous contrôle: les propagandes ne se valent pas toutes, les bombardiers et les chars c'est bien pire que les bombes artisanales qu'on fait péter en même temps que soi et la raison du plus faible et du plus pauvre est, j'ai le regret de vous le dire, la seule qui mérite d'être expliquée et peut-être défendue en temps de guerre.
Je hais donc la politique d'Israel et je le dis en termes choisis et éclairés. Je la hais cette criminelle, tous ses passionnés laudateurs et tous ceux qui leur font une place.
Et puis ce jour, 30 Juillet. A Cana ce matin, 57 victimes dont 35 enfants. Bilan provisoire. Mais c'est pour la sécurité d'Israel. Ca compte pas.
24 juillet 2006
Articulations au sujet des très riches
L'argent rend largement con et les quantités de plastronnades grotesques vues ci ou là dans le club prisé des goinfrés de pognon ne viendront rien arranger à l'affaire, je le crains. De cette aversion pour l'arithmétique stricte des paquets de blé, je ne connais que peu l'origine. Peut-être que j'ai assez vu de gens devenir riches et cons et trop bien estimé les contreparties diverses acquittées en retour pour ne pas avoir aujourd'hui aucun avis éclairé sur la question.
L'argent rend largement con, donc. A moins que ce ne soit la connerie qui remplisse très bien les caisses. J'admets bien évidemment que ces implications n'ont rien d'obligatoire. Que mes amis riches ne s'offusquent pas trop vite et qu'on ne vienne pas me filer un procès au cul pour avoir été riche ou parce que je le redeviendrai un jour. Jour qui viendra assez vite d'ailleurs.
Nonobstant ces faits, je ne suis d'ailleurs même pas d'accord avec Stendhal lorsqu'il préface Lucien Leuwen pour la deuxième fois: L'auteur ne voudrait pour rien au monde vivre sous une démocratie semblable à celle d'Amérique, pour la raison qu'il aime mieux faire la cour à M. le ministre de l'Intérieur qu'à l'épicier du coin de la rue. En 2006, ici ou ailleurs, je ne trouve convenable aucune de ces deux propositions.
Le problème c'est quand on en arrive à soupçonner les chiffres eux-mêmes de ne plus être de bons étalons de mesure. A les sentir petits et misérables devant la déraison. Et si on inventait l'équivalent de l'année-lumière en distance pour désigner ce qui en Dollars ou en Euros relèverait d'un autre espace-temps. Ne riez pas trop vite.
Lorsque Zacharias ancien président du groupe Vinci ou que Forgeard, ancien d'EADS quittent leur entreprise avec leur salaire et quelques millions d'Euros de récompense sous le bras et qu'ils se trouvent jetés en pâture à l'opinion publique c'est assurément révoltant. Révoltant de cynisme et d'opportunisme d'un système qui lynche et recycle aussi vite des pratiques largement admises puis encouragées. L'on peut nous faire ensuite la leçon du capitalisme propre et éthique. A nous, simples mortels condamnés aux arbitrages perpétuels entre vacances au ski ou renouvellement de notre capacité d'endettement.
C'est aussi fort lorsque les plumitifs inféodés à Lagardère ou Dassault viennent nous chanter les romantiques destins des nouveaux sauveurs de l'humanité, les spécimens encore rares mais appellés à vite se développer paraît-il, de la nouvelle race de philantropes. Et qu'ensuite inévitablement et accessoirement, vous réecoutez ce même discours millimêtré un peu partout, jusque dans la bouche de gens généreusement épargnés des plus hautes tranches d'imposition par la grâce d'insondables paradoxes du destin.
Ainsi Bill Gates qui a donné depuis 1999 un peu plus de 30 milliards de dollars à sa fondation caritative.
Ainsi Warren Buffet qui à 75 ans, décide de céder 85% de sa fortune, soit 31 milliards de la même monnaie à cette même fondation. Ce qui devrait quand même lui laisser quelques 5 milliards et quelques solides "amitiés" pour vivre, soit dit en passant et sans vouloir être mesquin. Aucunement.
Et l'on veut nous expliquer que c'est merveilleux. Que c'est l'évolution à la fois du capitalisme et de l'économie du don (Sylvie Kauffmann In. Le Monde, 1er Juillet 2006). Que c'est dans la lignée des Rockfeller, Carnegie ou Morgan, qui ont largement contribué au développement de l'éducation, des arts et de la recherche (La même toujours dans le même numéro). Charmants messieurs et néanmoins esclavagistes notoires connus comme robber barons, barons voleurs.
Et alors? C'est pas bien?
Si si. C'est très bien. Ca permet de revenir fissa à l'ancestrale charité.
La charité biblique. Génialement gérée en plus, comme le fait la fondation Gates, en ne gaspillant qu'une partie tout à fait négligeable en frais de fonctionnement et en assurant un maximum d'efficacité à ses actions. Parfait.
Mon problème c'est que j'ai quelques difficultés sérieuses avec la charité, brebis galeuse que je suis.
D'abord parce qu'elle est orientée et sélective. Qu'elle permet le déversement de torrents d'argent à ne plus savoir quoi en foutre sur les victimes d'un tsunami dans une certaine région du monde mais qu'elle laisse en même temps crever comme des sacs des mômes en afrique. Et que comme l'émotion n'a aucune pauvre chance face au marketing, les pires scénari sur des manipulations à l'émotion sont à redouter.
Ensuite parce que c'est trop de bonne conscience d'un coup pour tous les connards agiles de la soustraction à l'impôt. Impôt qui je le rappelle est censé assurer quelques fonctions non pas caritatives mais redistributives pour un minimum, et d'en faire profiter TOUT le monde.
Et enfin parce que je trouve ces bons sentiments dégoulinants et cette générosité débridée ridicule lorsque elle rend non seulement possible mais actuel le maintien d'une première et d'une deuxième classe sur des trajets aussi anodins qu'une traversée Lausanne-Evian de moins de 30 minutes. Le bon coeur du Seigneur Gates c'est tout le génie perfide du capitalisme. Baisez lui les pieds, manants. Continuez.
19 juillet 2006
Canicule
Zero par Baselitz
(Touchez rien, la peinture est mise dans le bon sens)
18 juillet 2006
Ni queue ni tête...aah non!
Baselitz peint l'envers comme s'il s'agissait de l'endroit banal et ordinaire. Retournez le tableau et vous avez une pièce somme toute assez classique. Ce qui est assez idiot, avouez. Continuons à rêver d'une inversion de l'inversion, chère à Marx et à d'autres.
Tout aussi sérieusement, je ne puis m'empêcher par contre de songer aux énormes possibilités que pourrait m'offrir ce nouveau paradigme du sens. En art, je m'amuserais à narrer une histoire en prenant comme pierre d'angle la fin de celle-ci et je m'ingénierais à trouver une issue de départ et une seule, qui ne fasse ni trop attendue ni trop Contes Extaordinaires d'Edgar Allan Poe traduits par Charles. Baudelaire.
En photographie je ferais des prouesses également. La vie vue par un paresseux scotché à sa branche.
En musique, je mettrais tous les morceaux chiants au début de l'album et je finirais par les tubes. Ceux-ci eux-mêmes s'inaugureraient par des délires de solos de cuivres pour finir par des paroles et des longues ouvertures à cordes. Mes articles de blogs se liraient tête en bas, à l'occasion de votre unique détente du soir, etc.
Je pense également aux applications possibles dans ma vie et dans celle des autres aussi par conséquent.
Ainsi, je commencerais obligatoirement mes coïts par des éjaculations intempestives et colorées, coïts que je n'exécuterais toutefois que si j'étais sûr que ça serait encore plus fort après qu'avant; je ne commencerais une discussion qu'une fois assuré de sa conclusion et du fin mot, je ne prendrais mes bains que dans l'eau de ma crasse que je filtrerais ensuite pour la rendre propre et accueillante et je passerais mon enfance à engueuler mes parents et à leur interdire de faire ci et ça.
C'est chiant. Je préfère la vie à l'endroit finalement.
Baselitz est à la Fondation de l'Hermitage du 30 juin au 29 octobre 2006 et j'ai pris ces photos sauvagemment et à l'envers. Ce qui fait que vous les voyez à l'envers de l'envers. A l'endroit quoi, on va pas en faire une omelette.
10 juillet 2006
En avoir ou pas
Je trouve ça con que Zidane pète un cable de cette brutale manière et à ce moment surtout. A la réflexion c'est pas tant le geste que l'à-propos qui a manqué de panache: je lui aurais moi aussi volontiers filé un coup de boule à l'autre facho. Mais pas ici et pas maintenant.
Je trouve ça con également que Zidane soit pris dans ses contradictions. Ce geste c'est la confrontation à des limites que j'ai toujours soulignées. Tout le monde m'a entendu dire Zidane est un grand. Pas un très grand. Et pourquoi? Pour la simple raison qu'on ne peut pas être un très grand footballeur si l'on n'est pas autre chose de plus qu'un footballeur. Si l'on n'est pas animé d'un discours véritable autre que celui prostitué aux compagnies d'assurances ou de téléphonie mobile. Et quel discours pouvait avoir Zidane durant sa carrière? Quelle chance exceptionnelle lui offrait le football d'exprimer sa différence et de valoriser sa contribution culturelle et identitaire à la formation d'une france neuve et décomplexée...
Mais non, cet homme (et ses fabuleux conseillers) n'a pas cru bon de dénoncer et de dire le racisme acide qui est en train de gangréner un peu tout le monde.
Et voilà qu'hier il a été touché sur ce terrain. Que le très long Materazzi l'a bousculé là où Zidane n'avait élaboré aucune défense valable, aucun dispositif d'immunisation, en s'en prenant apparemment à ses origines et identités maghrébines, forcement fragilisées par les temps et les bétises qui triple-galopent. Il en a été quitte pour revenir au niveau zéro de l'argumentation -la violence, et de l'intelligence -faire ça devant 2 milliards de témoins.
Je ne me nourris d'aucune illusion quant à la reprise du combat par les élites journalistiques. Loin de là. L'éditorial proprement scandaleux de l'Equipe de ce matin (édition titrée Regrets éternels), qui a tiré de manière inouie en première page sur la personnalité même extra-sportive de Zidane fournit les preuves exactes du contraire. C'est complètement fangeux, infâmant. Zidane méritait mille fois le carton rouge. Il l'a eu.
Pourquoi s'acharner? Et pourquoi en faire une lettre ouverte en forme d'information principale?
C'est con que le football, le sport, ne correspondent plus à grand chose de beau. J'ai lu quelque part qu'il y'a vingt ou trente ans les joueurs se battaient pour un titre et qu'aujourd'hui ils se battent pour du pognon. C'est vrai. Et une grande partie de l'explication réside certainement là. L'idéal Coubertien, l'essentiel est dans la participation, a fait long feu. Aujourd'hui les joueurs veulent gagner et c'est tout. Au diable le sens ou la manière. Ce qui est important c'est d'être considéré comme des "tueurs", vous noterez le terrain sémantique, et de fuir sa cité. Se saper de basket Nike à tirage limité et écouter du Hip-Hop à l'entrainement avec un gros casque. S'acheter une grosse bagnole et une grande blanche pas trop intelligente de préférence -N'étant pas un habitué de la presse people, je viens de découvrir à l'occasion du passage à l'Elysée des joueurs, que les femmes des 23 joueurs étaient TOUTES blanches.
En une formule, de faire vendre pour pouvoir acheter un max.
En avoir ou pas.
A l'heure ou j'écris ça, il y'a un petit gros à lunettes sur LCI qui fait un reportage sur Ghosn le patron de Nissan. Ghosn Comme Zizou, la formule journalistique est répétée une dizaine de fois pour arriver à conclure je ne sais quoi. Ca n'a pas d'importance, la formule elle-même est révélatrice des limites absurdes de l'exercice journalo-publicitaire. Et des records de conneries qui tous les jours vont se nicher un peu partout.
Lady C. - Petites suites sans grandes conséquences
Grand soir de finale. Sur mon chemin, peu de monde à circuler et beaucoup d'attente dans l'air.
Dans ma main, une cuvée Cristal Roederer. Trouvée au fond d'un placard. Moi, serein. Plutôt détaché.
J'arrive enfin dans le seizième.
Serge, quand même, qui raille,
Ouvre-moi, ouvre-moi la porte
Io non ne posso proprio più
Se ci sei, aprimi la porta
Non sai come è stato laggiù
J'en souris et je me mets à siffloter L'Italien jusqu'à ce que j'aperçoive la hauteur de plafond haussmanienne du numéro 120. Voilà.
- Bonjour beau brun.
- Salut beauté.
- Ne me refais jamais ça.
- Non. Bon, je rentre?
- Viens.
Elle me prend par une main serrée tendrement. Les cheveux plus longs, quelques-uns plus blancs; pas vraiment déformée par la grossesse subie et toujours délicieuse à regarder, même si j'évite.
Le bouchon saute au coup d'envoi. Tapiès est au mur. Sa fille au lit et son homme au stade.
La question du soir est peut-être qui va marquer, mais nous on sautera pas.
On va parler peu, on va aimer ce moment où l'on s'est retrouvés.
Pénalty...imaginaire...Panenka de Zidane...Materazzi et tête vengeresse..Egalité...Dîner...On ouvre une autre bouteille...Insultes de Materazzi, encore lui...Coup de boule de Zidane...Comme un bouc furieux...Non mais!...Quel con!...Tout est gâché...Glaces...Les italiens gagnent. Les français râlent.
On est allongés l'un près de l'autre. Tacitement, je ne montre pas mes forces tandis qu'elle me tait ses faiblesses. Pourquoi donc, lorsque la simple rencontre est belle et touchante.
Et s'il arrive qu'on ne contrôle pas les mouvements du corps et de l'esprit, il est possible aussi en certains moment qu'on n'arrive même pas à les expliquer.
Avec en arrière-plan, le son de quelques klaxons épuisés, on se dira au revoir comme si l'on s'était vus la veille et comme si l'on allait se voir demain. Comme avant.
C'était bien la peine que je disparaisse.
09 juillet 2006
Permis de conduire
06 juillet 2006
Lady C.
Elle a donc épousé l'insignifiant. Qui l'a vite rendue maman, tu penses bien. La chance de l'opportuniste ça se construit.
Et à quoi aurais-je dû m'attendre, du haut de ma superbe et de mon isolement raffiné? A l'écriture ratée d'une légende qui n'intéresserait personne...deux ou trois spectateurs tassés au fond de la salle, largués par la folle vitesse du temps et guère plus. A une pauvre pièce qui aurait voulu gagner contre les ordres naturels. A des rebondissements de romans ratés.
A des conneries.
Au bout du téléphone, cette musique nouée de faux calmes. Ce même art d'escamoter les embarras que je n'aurai donc revu nulle part ailleurs. Cette même profusion de vices distingués portés sous les heures amères d'une poèsie impossible.
Je parle d'une éternité. Je parle d'Elle, l'autre.
J'évoque des jours passés à l'ombre des insouciances, la première conjonction miraculeuse des émois érotiques et amoureux, les premières gravités de l'avenir qu'on décide.
Aussi, des déchirements du ventre cinq minutes après qu'elle soit partie...des livres oubliés sur le tapis des longues et nombreuses nuits...des deux tocs longs et délicieux qui revenaient les emporter...des photos interdites...des flottaisons sensuelles des rues où nous ne retournons jamais. Assez.
Je ne vais pas refaire ces années qui comptent dix, assez de celà.
Je ne vais rien refaire, non.
Ce soir je vais écouter le vent et j'y rincerai le solde d'une idylle salopée;
Et puis je vais penser une dernière fois à Lady C., brune veloutée et yeux bleus mi-fermés qui ne m'appartiennent plus, et ça sera fini. Mort.
Ce soir je vieillis.




