29 octobre 2006
A galop perdu
28 octobre 2006
Vous me déposerez au feu
C'est comme si tout s'était passé là haut dans les années, depuis les départs vaporeux jusqu'aux escales abîmées dans les ports angoissés; notre discussion de ce soir avait roulé sur les surfaces faciles de nos compréhensions et de nos rêves enfuis, pour ne pas dire disparus. Elle avait toujours ces expressions "Cette phrase que tu m'avais dite et que j'ai gravée dans ma mémoire à jamais parce que c'est tout toi mais aussi tout moi", "T'es con!", "Ah oui mais maintenant je suis vieille" avec la même insouciance naturelle qui avait toujours forcé mes plus dures volontés pour ne pas l'aimer.
Et maintenant je ne l'aime plus. Je ne pense plus à elle. Il n'y a plus de mots remontés de la nuit et remis à demain, brûlants de sortir. Fini.
En sortant du taxi qui avait suivi les quais jusqu'aux Invalides, elle m'avait déposé un baiser sur les lèvres, puisque nous nous sommes jamais dit au revoir autrement.
Le chauffeur a souri et sitôt qu'elle fut dehors, fut pris d'une belle audace et me complimenta sur la beauté de mon amie.
J'allais rétorquer que ce n'était pas mon amie dans le sens où il l'entendait, et puis j'ai laissé tomber sans pouvoir retenir pour autant un soupir bref mais éloquent.
Et il a continué.
M'a parlé de femmes, d'amour, de la société dans laquelle on vit, sans que je comprenne tout.
- Et vous savez monsieur, un client hier me comparait l'amour à la neige sur Paris. Il disait que c'était tout beau tout blanc quand ça tombait mais qu'ensuite ca devenait très vite moche passés les premiers temps, que ça ne ressemblait plus qu'à un tas de boue marron. Eh bien! Eh bien monsieur, je ne suis pas d'accord! C'est pas comme ça que je vois les choses moi!
Je lui ai alors demandé de me déposer au feu et puis j'ai continué mon chemin à pieds.
En ces affaires, je n'ai jamais été d'accord avec personne.
24 octobre 2006
Le même monde cette fois
Bon, je continue. Au bout de votre victoire méritoire sur les discutables installations d'accueil des autres cultures et autres mondes (mais n'expulse-t'on pas à peu-près tout ce qui n'est pas blanc et ne justifie pas d'une naissance chanceuse en ce moment? Reconnaissons le mérite d'une certaine cohérence dans une vision non partagée et non partageuse du monde), voilà que vous déboulez à toute trombe sur l'aile Ouest. C'est le Hall des Globes.
Deux sphères de 4 mètres de diamètre, représentant le ciel et la terre sur une surface de cinquante mètres carrés et pesant plus de 2 tonnes chacune: Les globes de Coronelli, dont je n'avais jamais ouï parler avant ce samedi.
Magnifiques. Chefs-d'oeuvre de cartographie baroque entremêlant textes savants et iconographie, flottant dans l'espace, baignés dans un éclairage discret.
La scénographie est étudiée au détail et des travaux important ont été réalisés pour accueillir ces objets de luxe, miroirs du temps de Louis XIV et d'une certaine volonté de grandeur.
C'est beau et tout cela a coûté pas mal de fric à la banque qui a soutenu l'opération. A vue de nez, je dirais beaucoup.
Et cette fois y'a tout ce qui faut et plus, depuis le livre d'exposition édité au Seuil jusqu'aux animations interactives en passant par les accompagnements pédagogiques et les projections vidéos. Tant mieux pour nous et pour la postérité des artistes.
A propos d'habillage
Vous n'aimez pas mes nouvelles couleurs d'automne?
C'est bien la peine que je me casse le cul.
22 octobre 2006
Un autre monde

Helga Kohl a photographié avec force et détachement l'ensablement du continent. Pas loin de la namibienne, les Touaregs en gestes et en mouvements de Fatoumata Diabaté (Mali), originalement cadrés et forts de contrastes.
Michael Subotzky, 25 ans et sud-africain surdoué, capture lui les conditions du système carcéral de son pays et en rapporte des images à la fois violentes et esthétiques.
La Bibliothèque nationale de France accueille en ce moment 15 photographes africains présentés dernièrement aux Rencontres africaines de la photographie au Mali. C'est bien.
Ils sont exposés sous les reflets des vitres jusqu'au 19 novembre dans un couloir qui relie l'aile Est à l'aile Ouest.
Sans un panneau, un livret ou un quelconque supplément d'information. C'est moins bien.
Photo: M. Subotzky.
20 octobre 2006
A lire et à faire
Plutôt que de vous ruer sur les étals de médiocrité nourris au crétinisme raide invraisemblable d'un Florian Zeller ou à la contemporanéité d'une pseudo-littérature américaine barrée d'ingrédients à faire vendre et que vous oublierez aussi vite que vous aurez fini de lire, tournez-vous vers l'ailleurs et vers d'autres temps. Je vous assure que les jouissances attendues sont d'une autre intensité.
Certes il y a les sonnets luxurieux de l'Arétin et les débauches définitives de Sade qui courent joyeusement dans le commerce mais il y'a encore d'autres choses indispensables à l'édification (sic) de nos jeunesses prometteuses et qu'on aura grand mal à retrouver si nous ne faisons pas partie de ces quelques chercheurs et universitaires privilégiés admis à l'entrée.
Ibn Foulayta par exemple, dont le nom complet est Ahmed ibn Mohammed ibn Ali Abûl-Abbas Chihab-Ud-Din Ibn Foulayta Al-Hakami Al-Yamani, qui vécut au 14ème siècle, est l'auteur d'oeuvres érotologiques indispensables qui dorment d'un sommeil bien injuste dans les placards de la Bibliothèque Nationale.
Dans son Guide de l'éveillé pour la fréquentation du Bien-aimé, On peut y lire les choses suivantes:
- Propos de cavalerie
Parmi les femmes qui n'ont pas beaucoup de succès, l'inerte et lourde qui, lorsque son partenaire déplace un de ses membres, ne fait aucun effort pour l'aider.
Cette rigidité et ce manque de souplesse empêchent l'homme de lui soulever les jambes et la buriner convenablement.
...
L'homme marque une préférence pour les femmes dont les membres sont souples lors du rapport charnel. Cette agilite rend les mouvements de la femme plus graciles. Au moindre signe de son partenaire, elle comprend rapidement ce qu'il faut faire et adopte la position souhaitée par son partenaire.
- Badinage après badigeonnage
L'extrême séduction chez la femme c'est: jouer de la finesse des propos, s'aplatir, s'alanguir, cligner des yeux, lancer des oeillades, montrer un certain agacement même s'il n'y a aucune raison, faire la souffrante sans qu'il y ait affection, prendre une voix suave et moelleuse lors d'une discussion avec son partenaire pour ne lui dire que ce qu'il a envie d'entendre, élever une voix plaintive accompagnée d'un son de voix mélodieux.
...
Et tout cela participe au paroxysme de l'acte sexuel qui stimule l'homme à revenir vers sa partenaire. Particulièrement si la femme s'est libérée de sa pudeur et s'est autorisée quelques obscénités dans son langage, libertinage, ou vice.
On peut aussi trouver d'autre passages titrés Trou sidéral, Pluie précipitée n'arrose que moyennement, Des mérites des belles esclaves, La ruse des femmes, La méchanceté des matrones, et aussi Cris, bruits, grognements, charivari.
Me consulter pour plus de détails.
Les extraits cités sont tirés de Le Kama-Sutra arabe : Deux mille ans de littérature érotique en Orient, Ed. Pauvert, 2006.
16 octobre 2006
La toilette
Henri Toulouse-Lautrec
14 octobre 2006
Le parlement le plus bête du monde
Ni droite ni gauche mais bien dans sa globalité le parlement le plus bête du monde. Les feux déclenchés par la maintenant fameuse loi sur le fait positif de la colonisation n'auront même pas servi à aligner les députés sous un ordre d'humilité. Ils en ont encore foutu partout.
Cette fois-ci ce sont les turcs qui font la dinde. Au mépris de tous les historiens et autres interessés, et du haut de sa grande prétention, L'Assemblée Nationale de France aura définitivement statué sur l'histoire et donné de nouvelles leçons au monde qui ne lui en demande plus tant depuis quelques années déjà:
Au début du siècle dernier, les turcs auront donc massacré plus d'un million d'arméniens. Se sont rendus coupables d'un -attention je vais sortir un gros mot- génocide. Point. Et si vous osiez soulever quelques doutes sur cette question, si comme les turcs et une majorité d'arméniens vivant encore en turquie et souhaitant oeuvrer à un avenir serein et commun vous conveniez diplomatiquement que des centaines de milliers de victimes, turques et arméniennes, ont fait les frais d'une guerre civile et d'une famine et pas d'un plan délibéré, eh bien vous vous rendez coupable d'un crime négationniste. Et vous risquez la taule. Oui Môssieur.
J'encourage les turcs à voter une pareille loi concernant la colonisation française et les millions de victimes de tortures, d'enfumades et autres sophistications civilisationnelles et pacificatrices des gaulois.
On a fait des lois pour moins que ça.
Ah. Sur Orhan Pamuk je n'ai absolument rien à dire. Ca va vous changer de toutes ces gens et ces politiques jamais à court qui vont défilant à la télé pour y aller de leur analyse fine, crier super!, c'est nul!
Je ne l'ai pas lu et en toute logique n'ai pas d'avis là-dessus.
11 octobre 2006
Qui a tué Anna Politkovskaïa?
09 octobre 2006
1970-2006
Il venait nous regarder sur ces terrains fauves où nous chaussions nos crampons pour fouetter l'inaction à coups de passements de jambes et de virtuosités de haut vol. Il appréciait mon crochet exterieur et rigolait fortement et immanquablement à chaque fois que je faisais mordre la poussière à mes imprudents opposants dans des effets comiques forts visuels et saisissants.
Sur les gradins il faisait l'idiot. Jouait aux cartes souvent, s'empiffrait de tartes aux fraises. Sa patisserie préférée. Et il rigolait, toujours.
Son premier mouvement était un sourire. Que vous le rencontriez à l'improviste, et ça m'est arrivé tellement souvent! A n'importe quelle heure et sur plusieurs continents! et il était tout sourire, content, heureux de vous avoir croisé, de vous retrouver. Il s'en suivait immanquablement des longues heures à faire les d'Artagnan devant les premières cocottes rencontrées.
Nous sommes devenus véritablement amis à Paris, il y'a 15 ans. Notre relation se fortifiait à mesure que le monde auquel nous avions toujours cru s'éloignait de nous; notre petit cercle s'agrandissait et on finissait autour d'une table de belote au petit matin, les yeux fatigués, le ventre plein de crampes et épuisé par les rires.
Un matin vers cinq heures, j'ai compté ving-huit personnes. Nous avions commencé à quatre, puis les copains, les copines, les copines des copines avaient débarqué et tout le monde voulait jouer à la fin.
C'était cette vie qu'il adorait. Directe et sans complications. Le jeu, le hasard, la générosité et les filles. Mais d'abord les copains, les copains d'abord.
La relative similarité de nos parcours alliée au solide sens de l'observation et de la dérision que nous partagions nous avait fait inventer un personnage. Je ne me rappelle absolument pas des circonstances de la première apparition du corrompu, puisque c'est de lui qu'il s'agit. Il avait surgi au hasard d'une discussion sans coutures et on l'avait reconvoqué pour finalement l'adopter, le consolider, le construire et en faire des projets littéraires, cinématographiques, de bande-dessinée et que sais-je encore. Nous ne fîmes rien de tout ça évidemment, ça représentait trop de travail et nous avions encore à jouir de tant de choses.
Le corrompu pour faire court, était une espèce de très haut cadre au service de l'Etat qui s'habillait d'un trench et roulait en Cx noire. Au départ corrompu par le fric par la bonne grâce d'une belle commission grattée sur un contrat à l'international et puis rapidement corrompu tout court. Par la vie, les excès de nourritures terrestres. A la fin nous nous postions dans les brasseries du 6eme ou du 7eme et nous reconnaissions le corrompu au premier coup d'oeil. C'était à qui saurait le capter le premier.
Le temps continuait pourtant sa course. Et le personnage du corrompu appartenait de moins en moins à ce temps. Il devint alors pour nous le porte-drapeau d'une nostalgie et d'une affection que nous avions pour une période que nous serions condamnés à regretter toujours plus.
Du coup on a sorti le nouveau corrompu, espèce de pitre auquel nous ne trouvions que des tares. Il ne nous faisait pas rire ce sombre crétin qui avait eu l'inexcusable mauvais goût d'associer le médiatique au politico-financier.
Le corrompu des temps anciens avait l'avantage décisif de concilier une carrière qu'on pouvait, qu'on devait contester, avec une vie privée qui n'excluait rien de la noblesse, du désinteressement et de la discrétion. Les contrastes conféraient toute sa richesse et sa profondeur à ce personnage, pas si mauvais que ça et auquel nous raccrochions une série d'images que nous avions rapporté de nos enfances respectives, si ressemblantes.
Le nouveau corrompu n'a plus de vie privée. Il est sur les plateaux de télé et laisse paraître toute l'arrogance de notre époque sur les pages des magazines que les pétasses feuillettent dans le métro.
Il est d'un bloc. Tout à jeter.
Je vous embête avec ces corrompus, nouveaux corrompus.
Nous embétions tout le monde avec ça. Des heures à faire des private joke, l'air roublard des deux initiés un peu puérils. On se hélait de cette manière d'ailleurs.
J'ai encore ses numéros de téléphone enregistrés à la lettre C. Corrompu.
Il y'a quatre ans pourtant j'ai commencé à voir moins de monde. Nous nous vîmes de moins en moins. Toujours avec le même plaisir et la même intensité. Mais moins. C'est stupide.
L'année dernière nous nous sommes retrouvés au mariage d'un autre énergumène. Et c'est lui qui m'a raccompagné en fin de soirée, insistant avec tout son immense coeur pour faire un énorme crochet et me déposer chez moi.
Je ne l'ai pas revu depuis même si j'ai pensé à lui et l'ai souvent cité dans mes discussions avec notre groupe d'amis.
Comme ce jeudi, à l'instant même où il faisait un accident à des milliers de kilomètres d'ici dans un mauvais hasard encore plus inexplicable et définitif que ma simple évocation.


